Je ne travaille pas la matière. Je travaille ce qui la traverse.

Younes Khourassani
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Khourassani Younes
Portrait24 février 2026

Younes Khourassani : portrait d'un artiste plasticien marocain entre peinture et sculpture

Peintre et sculpteur, artiste plasticien marocain formé à Casablanca dans l'héritage de l'École de Casablanca : portrait d'un parcours entre matière et lumière.

Être artiste plasticien au Maroc, c'est s'inscrire — qu'on le veuille ou non — dans une histoire. Celle de l'École de Casablanca, portée par des figures comme Farid Belkahia, Mohamed Melehi ou Mohamed Hamidi, qui ont façonné dans les années 1960 et 1970 une vision de l'art marocain affranchie de l'académisme occidental. Né en 1976 à Casablanca, j'ai grandi dans le prolongement direct de cet héritage : j'ai étudié auprès de Mohamed Hamidi au Lycée Jabir Ibnou Hayane avant de rejoindre l'École Supérieure des Beaux-Arts de Casablanca. J'en parle plus longuement dans notre article sur l'héritage de l'École de Casablanca.

Ma pratique s'est d'abord construite autour de la matière — assemblages, métaux, objets récupérés — dans une démarche que le critique et écrivain Edmond Amran El Maleh avait qualifiée de « poésie de la matière ». Cette première période, marquée par le travail direct sur des matériaux bruts, a posé les fondations d'une réflexion qui allait ensuite se déplacer, à partir de 2020, vers la lumière comme force organisatrice de l'œuvre plutôt que simple effet visuel.

En tant que peintre contemporain basé à Casablanca, je travaille principalement la peinture cellulosique sur panneau et sur aluminium — un médium exigeant, hérité de l'industrie automobile, qui capte et restitue la lumière d'une manière que peu d'autres techniques permettent. Ce choix technique n'est pas anecdotique : il traduit une conviction selon laquelle la matière doit devenir un espace de passage plutôt qu'une fin en soi. Le sujet est développé plus en détail dans notre article sur la peinture cellulosique.

Mon activité de sculpteur contemporain s'exprime notamment à travers des commandes institutionnelles — le Trophée officiel du Salon International de l'Agriculture au Maroc (SIAM), réalisé pour plusieurs éditions successives, en est l'illustration la plus visible. Ces sculptures s'articulent autour des ressources fondamentales — l'eau, la terre — traitées non comme des sujets illustratifs mais comme des forces à interroger plastiquement.

Cette double pratique de peintre et sculpteur m'a conduit à exposer dans des contextes très variés : foires internationales comme 1-54 (Paris, Londres, Marrakech) et Abu Dhabi Art, expositions institutionnelles à l'UNESCO de Paris, résidences artistiques comme celle menée avec INFINIMENT COTY PARIS. Mes œuvres figurent aujourd'hui dans plusieurs collections publiques, dont le Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain à Rabat et le Musée Bank Al-Maghrib.

Être artiste plasticien marocain aujourd'hui, c'est donc naviguer entre un ancrage local fort — la médina de Casablanca, la mémoire de l'École de Casablanca, la lumière particulière du pays — et une inscription pleinement contemporaine sur la scène internationale de l'art. C'est cette tension, féconde plutôt que contradictoire, qui continue de nourrir mon travail.

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